Les 12 troubles du comportement : ce que mesure vraiment le NPI
Si vous cherchez « les 12 troubles du comportement », vous cherchez sans le savoir un outil précis : l’inventaire neuropsychiatrique. Ce n’est pas une classification générale des troubles du comportement, mais une échelle d’évaluation utilisée en gériatrie. Voici les 12 domaines, et ce qu’on en fait.
D’où vient cette liste de douze ?
Le chiffre ne sort pas d’une nomenclature officielle. Il vient de l’inventaire neuropsychiatrique, ou NPI, mis au point en 1994 par le neurologue américain Jeffrey Cummings. Sa version française a été établie par l’équipe de P.H. Robert, au Centre mémoire de ressources et de recherche du CHU de Nice.
Son objet est étroit, et c’est important de le savoir avant d’aller plus loin : le NPI sert à recueillir les troubles du comportement chez des personnes atteintes de démence. Maladie d’Alzheimer en premier lieu, mais aussi maladie à corps de Lewy, dégénérescence fronto-temporale, démence vasculaire. Il n’a pas été conçu pour un adulte sans maladie neurologique, ni pour un enfant.
Cette liste de douze ne remplace donc aucune classification. Elle ne dit pas quels sont les troubles du comportement en général : elle dit lesquels on surveille dans un contexte précis. Pour ce que recouvre l’expression au sens large, et ce qu’en dit la CIM-10 selon l’âge et la cause, voir notre article sur la définition des troubles du comportement.
C’est pour cette raison qu’on le croise surtout dans deux endroits : les consultations mémoire, et les EHPAD. Dans les établissements, on utilise une version adaptée, le NPI-ES, où c’est un membre de l’équipe soignante qui répond plutôt qu’un proche.
Quels sont les 12 troubles du comportement évalués ?
Les voici. La structure mérite une remarque préalable, car elle explique bien des incompréhensions : il ne s’agit pas de douze domaines équivalents. L’échelle compte dix domaines comportementaux et deux variables neurovégétatives, ces dernières étant à part dans le calcul du score.
| # | Domaine | Ce qu’il recouvre |
|---|---|---|
| 1 | Idées délirantes | Croyances fausses et inébranlables : être volé, trahi, remplacé |
| 2 | Hallucinations | Voir, entendre ou sentir ce qui n’est pas là |
| 3 | Agitation / agressivité | Opposition aux soins, cris, gestes violents |
| 4 | Dépression / dysphorie | Tristesse, pleurs, découragement |
| 5 | Anxiété | Inquiétude, tension, angoisse de séparation |
| 6 | Euphorie / exaltation | Gaieté inappropriée au contexte |
| 7 | Apathie / indifférence | Perte d’initiative et d’intérêt, sans tristesse |
| 8 | Désinhibition | Familiarité excessive, propos ou gestes déplacés |
| 9 | Irritabilité / instabilité de l’humeur | Impatience, sautes d’humeur brutales |
| 10 | Comportements moteurs aberrants | Déambulation, fouille, gestes répétés sans but |
| 11 | Troubles du sommeil | Variable neurovégétative |
| 12 | Troubles de l’appétit | Variable neurovégétative |
Deux domaines méritent qu’on s’y arrête, parce qu’ils sont systématiquement mal lus par l’entourage. L’apathie, d’abord : elle est régulièrement confondue avec la dépression, alors que ce n’est pas la même chose. La personne apathique n’est pas triste, elle n’a plus d’élan. On lui reproche souvent de « ne plus faire d’efforts », ce qui est un contresens complet sur un symptôme neurologique.
La désinhibition ensuite. Elle produit des scènes que les familles vivent comme une trahison de la personnalité : un père pudique qui tient des propos crus, une mère réservée qui aborde des inconnus. Ce n’est pas la personne qui change d’avis sur les convenances, c’est le frein qui ne fonctionne plus.
Comment se calcule le score ?
Chaque domaine commence par une question de sélection : le comportement est-il présent, oui ou non ? Si la réponse est non, on passe au domaine suivant sans rien coter. C’est ce qui permet de faire passer l’échelle en dix à quinze minutes malgré ses douze domaines.
Si le comportement est présent, on le cote sur deux axes. La fréquence, de 1 à 4, va de « moins d’une fois par semaine » à « une fois par jour ou plus ». La gravité, de 1 à 3, mesure le retentissement sur le patient lui-même. Le score du domaine est le produit des deux, soit une note de 1 à 12.
Cette multiplication n’est pas une coquetterie statistique. Elle traduit une réalité clinique : un comportement rare mais violent et un comportement quotidien mais bénin ne posent pas le même problème, et une simple addition les confondrait.
Le score total additionne les dix premiers domaines, ce qui donne un maximum de 120. On peut y ajouter le sommeil et l’appétit pour un score étendu sur 144, mais seulement quand ces signes sont au premier plan. C’est la réponse à une question fréquente : le NPI se calcule habituellement sur 10 domaines, pas sur 12.
En pratique clinique, la HAS souligne que le chiffre le plus utile n’est pas le total mais le score de chaque domaine pris séparément, avec un repère simple : au-delà de 2, le domaine est considéré comme pathologique. Un total modeste peut donc masquer un domaine qui, lui, réclame une action immédiate.
Le NPI ne dit pas si quelqu’un va mal. Il dit lequel de ses comportements a changé, à quelle fréquence, et ce que ça coûte à ceux qui l’accompagnent.
Pourquoi mesure-t-on aussi le retentissement sur l’aidant ?
C’est la partie la moins connue de l’échelle, et sans doute la plus intéressante. Pour chaque domaine, on demande à la personne qui répond d’évaluer, de 0 à 5, ce que ce comportement lui coûte à elle. Dans la version soignante, la question porte sur la désorganisation du travail de l’équipe.
Ce score de retentissement n’entre pas dans le total du NPI. Il se calcule à part, sur 60. Et il est loin d’être décoratif : il arrive régulièrement qu’un comportement coté faible chez le patient soit coté très haut chez l’aidant. Une déambulation nocturne pèse peu sur l’échelle de gravité et détruit le sommeil de tout un foyer.
Ce décalage a une conséquence pratique. Le placement en institution est souvent décidé non par la sévérité clinique, mais par l’épuisement de l’entourage. En mesurant les deux, le NPI rend visible ce qui, autrement, resterait une plainte informelle que personne ne cote et que personne ne traite.
Qui peut faire passer le NPI ?
Le NPI n’est pas un auto-questionnaire, et c’est sa différence majeure avec les tests qu’on trouve en ligne. La personne malade n’y répond pas : quelqu’un répond à sa place. Un proche impliqué dans le quotidien pour la version classique, un membre de l’équipe pour le NPI-ES.
La passation obéit à des règles qui en disent long. L’entretien se conduit de préférence en l’absence du patient, précisément parce qu’il est difficile de décrire devant quelqu’un les comportements qui posent problème. On note aussi combien de temps la personne interrogée passe réellement auprès du patient, et l’on relève ses traitements en cours - un changement de comportement est fréquemment un effet indésirable.
Vous ne trouverez donc pas de version interactive du NPI sur ce site. L’échelle est protégée par un copyright, elle s’interprète dans un contexte clinique, et une passation par un tiers non formé produirait un chiffre sans signification.
Que faire une fois le score obtenu ?
Le NPI n’est pas un examen qu’on réussit ou qu’on rate : c’est un instantané. Sa valeur réelle apparaît dans la répétition. Refait à quelques semaines d’intervalle, il montre ce qui bouge, ce qui s’aggrave, ce qui répond à un changement d’environnement ou de traitement.
Son usage le plus fécond est d’ailleurs celui-là : identifier le domaine qui pèse le plus, et chercher ce qui le déclenche avant d’envisager un médicament. Une agitation qui survient tous les jours à la même heure, une opposition aux soins qui ne concerne qu’un moment précis de la toilette, une déambulation qui suit un changement de chambre : ce sont des informations que le score fait remonter et sur lesquelles on peut agir sans ordonnance.
Cette démarche n’est pas une préférence d’école : c’est la recommandation officielle, qui demande de chercher une cause médicale avant tout traitement du comportement. Nous la détaillons dans notre article sur les troubles du comportement chez la personne âgée.
À retenir
« Les 12 troubles du comportement » désignent les 12 domaines de l’inventaire neuropsychiatrique (NPI), une échelle de gériatrie créée par Cummings en 1994, destinée aux personnes atteintes de démence. Ce sont 10 domaines comportementaux et 2 variables neurovégétatives. Chaque domaine se cote fréquence (1-4) x gravité (1-3) ; au-delà de 2, il est considéré comme pathologique. Le score total porte habituellement sur les 10 premiers domaines, sur 120. Un score de retentissement sur l’aidant se calcule à part, sur 60.
