Troubles du comportement : définition, types et classification CIM-10
L’expression sert à décrire un enfant de six ans qui frappe, un adulte après un AVC, une personne âgée qui déambule la nuit. Ces situations n’ont presque rien en commun, et pourtant elles portent le même nom. Voici ce que recouvre vraiment le terme, et ce que disent les classifications.
Qu’est-ce qu’un trouble du comportement, au juste ?
Commençons par une mauvaise nouvelle : il n’existe pas de définition unique et officielle du « trouble du comportement ». Ce n’est pas un diagnostic. C’est une expression parapluie, employée par des mondes qui ne parlent pas la même langue - la médecine, l’école, le secteur médico-social, la justice - et chacun y met un contenu différent.
Il y a quand même un dénominateur commun, et il tient en trois éléments. Un comportement devient un trouble quand il est durable et non pas ponctuel, quand il s’écarte nettement de ce qu’on attend à cet âge et dans ce contexte, et surtout quand il entrave la vie de la personne ou celle des autres. Ce dernier point est décisif : sans retentissement, on parle d’un trait de caractère, pas d’un trouble.
Le contexte fait partie du diagnostic, ce qui surprend souvent. Un enfant turbulent en classe mais calme partout ailleurs ne relève pas de la même lecture qu’un enfant en difficulté dans tous les milieux. La CIM-10 va jusqu’à créer un code pour ça, nous y venons.
Ce qui oriente vers un trouble
- ✓ Ça dure, et ça se répète
- ✓ Ça se produit dans plusieurs milieux
- ✓ Ça gêne la personne, ou les autres
- ✓ C’est décalé par rapport à l’âge
Ce qui n’en fait pas un
- ✗ Un épisode isolé, même spectaculaire
- ✗ Un comportement limité à un seul lieu
- ✗ Une réaction proportionnée à une situation dure
- ✗ Un tempérament qui dérange sans handicaper
Que dit la CIM-10 exactement ?
C’est ici que les choses deviennent intéressantes. Beaucoup cherchent « le code CIM-10 du trouble du comportement », en imaginant une case unique. Cette case n’existe pas. Le comportement est éclaté dans quatre blocs distincts du chapitre V, et le bloc dépend d’abord de l’âge et de la cause.
| Bloc | Libellé CIM-10 | Qui est concerné |
|---|---|---|
| F10-F19 | Troubles mentaux et du comportement liés à l’utilisation de substances psychoactives | Alcool, drogues, médicaments |
| F50-F59 | Syndromes comportementaux associés à des perturbations physiologiques et à des facteurs physiques | Conduites alimentaires, sommeil, sexualité |
| F60-F69 | Troubles de la personnalité et du comportement chez l’adulte | L’adulte |
| F90-F98 | Troubles du comportement et troubles émotionnels apparaissant habituellement durant l’enfance et l’adolescence | L’enfant, l’adolescent |
Autrement dit, le bloc que la plupart des gens ont en tête - F90-F98, celui qui porte littéralement le nom « troubles du comportement » - est réservé à l’enfance et à l’adolescence. Chercher ce code pour un adulte mène droit dans le mur.
Le bloc F50-F59 mérite une mention à part, car il abrite les conduites alimentaires. C’est là que se rangent l’anorexie et la boulimie, dont le repérage passe par un questionnaire court que nous détaillons dans notre article sur le test des troubles du comportement alimentaire.
Quels sont les troubles du comportement chez l’adulte ?
Chez l’adulte, la CIM-10 range le comportement durablement problématique dans le bloc F60-F69, « Troubles de la personnalité et du comportement chez l’adulte ». Le glissement de vocabulaire n’est pas anodin : on ne parle plus d’un comportement qui dérape, mais d’une manière d’être installée, stable dans le temps, qui produit des difficultés répétées.
Ce déplacement explique une bonne part des malentendus entre familles et soignants. Un proche décrit « un trouble du comportement » et attend qu’on traite le comportement ; le médecin, lui, cherche ce qui le produit. Car chez l’adulte, un comportement qui change brutalement n’est presque jamais le problème en soi : c’est un symptôme.
Un adulte qui devient désinhibé, agressif ou apathique du jour au lendemain relève d’abord d’un bilan médical, pas d’une lecture morale. Un AVC, un syndrome de Korsakoff, une tumeur, une épilepsie, un effet indésirable de médicament, un début de maladie neurodégénérative : toutes ces causes se manifestent d’abord par le comportement, et souvent par lui seul pendant des mois.
Cette logique atteint son sommet chez la personne âgée, où la recommandation officielle est d’aller chercher une cause médicale avant toute autre interprétation. Nous détaillons cette démarche dans notre article sur les troubles du comportement chez la personne âgée. C’est aussi dans ce champ qu’on utilise l’échelle qui donne son sens à l’expression « les 12 troubles du comportement ».
Chez l’adulte, un comportement qui change vite est un symptôme avant d’être un trait de caractère.
Et chez l’enfant, comment est-ce classé ?
Le bloc F90-F98 distingue des situations que l’usage courant confond volontiers. Les troubles hyperkinétiques (F90) recouvrent ce qu’on appelle aujourd’hui le TDAH. Les troubles des conduites (F91) désignent les comportements qui transgressent les règles ou les droits d’autrui de façon répétée. Viennent ensuite les troubles mixtes (F92), les troubles émotionnels de l’enfance (F93), les troubles du fonctionnement social (F94) et les tics (F95).
Le détail le plus révélateur se cache dans les sous-codes de F91. On y trouve le trouble des conduites « limité au milieu familial » (F91.0), le type « mal socialisé » (F91.1), le type « socialisé » (F91.2) et le trouble oppositionnel avec provocation (F91.3). La classification prend donc acte, noir sur blanc, qu’un enfant peut présenter des conduites problématiques à la maison et nulle part ailleurs. Le contexte n’est pas un détail : il est dans le code.
Une confusion mérite d’être levée au passage. Le TDAH n’est pas un trouble des conduites, même si les deux se croisent souvent. L’un relève de l’attention et de l’inhibition, l’autre de la transgression. Les confondre conduit à des réponses éducatives à côté du problème. Le détail de ces catégories, et surtout ce qui les distingue d’une phase normale du développement, est traité dans notre article sur les troubles du comportement chez l’enfant.
Qu’est-ce que la CIM-11 change ?
La CIM-11 a été adoptée par l’Assemblée mondiale de la santé en 2019 et est entrée en vigueur le 1er janvier 2022. L’OMS a cessé de faire évoluer la CIM-10 dès 2018 : les mises à jour ne concernent plus que la nouvelle version.
Sauf qu’en France, en 2026, les hôpitaux codent toujours en CIM-10. L’ATIH publie chaque année une CIM-10 FR à usage PMSI, y compris pour 2026, et la CIM-11 en est encore au stade des expérimentations. C’est la raison très concrète pour laquelle les recherches portent sur « trouble du comportement CIM-10 » et non sur la CIM-11 : c’est la classification que les professionnels utilisent réellement au quotidien.
Sur le fond, la CIM-11 réorganise la nosographie plutôt qu’elle ne la bouleverse. Elle abandonne notamment l’approche par catégories figées pour les troubles de la personnalité, au profit d’une évaluation par degré de sévérité. Pour une famille confrontée à la situation, le changement de classification ne modifie ni le parcours de soins ni les réponses concrètes.
Quand faut-il chercher une cause médicale ?
C’est la question la plus utile de cet article, et la plus négligée. Certains signaux imposent un avis médical rapide plutôt qu’une réflexion sur l’éducation ou la personnalité.
Le premier est la brutalité de l’installation. Un comportement qui se transforme en quelques jours ou quelques semaines, chez quelqu’un dont ce n’était pas la manière d’être, doit faire penser à une cause organique. Le deuxième est l’âge de survenue : un premier trouble du comportement qui apparaît après cinquante ans, sans antécédent, n’a pas la même signification qu’un trouble installé depuis l’adolescence. Le troisième est le contexte médical, en particulier l’introduction récente d’un médicament ou un événement neurologique.
La liste des causes possibles est longue, mais elle a un point commun : ce sont des situations où traiter le comportement sans traiter la cause ne mène nulle part.
À retenir
« Trouble du comportement » n’est pas un diagnostic mais une expression parapluie. Dans la CIM-10, le comportement est réparti dans quatre blocs selon l’âge et la cause : F90-F98 pour l’enfant et l’adolescent, F60-F69 pour l’adulte, F50-F59 pour les conduites alimentaires et le sommeil, F10-F19 pour les substances. Chez l’adulte, un changement rapide de comportement est d’abord un symptôme : il justifie un bilan médical avant toute interprétation psychologique.
