Troubles du comportement chez l’enfant : la liste, et ce qui n’en est pas
Un enfant qui hurle, qui frappe, qui refuse tout : à partir de quand est-ce un trouble, et non plus un âge à passer ? La question n’a pas la même réponse à deux ans et demi qu’à huit ans. Voici la liste des troubles reconnus, et surtout ce qui n’en fait pas partie.
Quels sont les troubles du comportement chez l’enfant ?
La classification internationale des maladies leur réserve un bloc entier, F90 à F98, intitulé « troubles du comportement et troubles émotionnels apparaissant habituellement durant l’enfance et l’adolescence ». C’est de là que vient la liste, et elle est plus courte qu’on ne l’imagine. Ce bloc est réservé à l’enfance : chez l’adulte, la classification range le comportement ailleurs, comme nous l’expliquons dans notre article sur la définition des troubles du comportement.
| Code | Trouble | Ce qu’on observe |
|---|---|---|
| F90 | Troubles hyperkinétiques | Ce qu’on appelle aujourd’hui le TDAH : inattention, agitation, impulsivité |
| F91 | Troubles des conduites | Transgression répétée des règles ou des droits d’autrui |
| F92 | Troubles mixtes des conduites et troubles émotionnels | Les conduites, doublées d’anxiété ou de tristesse |
| F93 | Troubles émotionnels de l’enfance | Angoisse de séparation, peurs, anxiété sociale |
| F94 | Troubles du fonctionnement social | Mutisme sélectif, troubles de l’attachement |
| F95 | Tics | Mouvements ou sons involontaires et répétés |
| F98 | Autres troubles | Énurésie, encoprésie, bégaiement, troubles de l’alimentation du jeune enfant |
Le détail le plus parlant se cache dans les sous-catégories de F91. On y trouve le trouble des conduites « limité au milieu familial », le type « mal socialisé », le type « socialisé », et le trouble oppositionnel avec provocation. Traduction : la classification admet noir sur blanc qu’un enfant puisse poser problème à la maison et nulle part ailleurs. Le lieu où le comportement se produit fait partie du diagnostic.
Une confusion mérite d’être levée tout de suite, parce qu’elle a des conséquences concrètes. Le TDAH n’est pas un trouble des conduites. L’un est un problème d’attention et de freinage, l’autre de transgression. Ils coexistent souvent, mais les confondre revient à punir un enfant pour ce qu’il n’arrive pas à contrôler.
À deux ans et demi, est-ce déjà un trouble ?
Presque toujours non, et c’est la réponse la plus importante de cet article. La phase d’opposition est un temps normal du développement. Elle démarre vers dix-huit mois, culmine autour de deux ans, et peut se prolonger jusqu’à trois ou quatre ans. Les colères, même spectaculaires, même quotidiennes, en font partie.
Ce qui se joue à cet âge est même plutôt une bonne nouvelle : l’enfant découvre qu’il est une personne distincte, dotée d’une volonté propre. Le « non » est l’outil de cette découverte. Un cerveau de deux ans possède déjà les désirs, mais pas encore les freins - la partie du cerveau qui inhibe l’impulsion se construit pendant des années. Exiger d’un enfant de deux ans qu’il se contrôle, c’est lui demander d’utiliser un organe qu’il n’a pas fini de fabriquer.
Cela ne veut pas dire qu’il faut tout laisser passer, ni que rien ne mérite jamais un avis. Mais à cet âge, l’inquiétude doit porter sur autre chose que les colères : un enfant qui ne parle pas du tout, qui ne cherche pas le contact, qui ne joue pas, ou qui se blesse lui-même de façon répétée relève d’une consultation. Les crises, en tant que telles, non.
Développement ordinaire
- ✓ Colères et opposition entre 18 mois et 3-4 ans
- ✓ Crises qui cèdent et se réparent
- ✓ Un enfant difficile à la maison, à l’aise ailleurs
- ✓ Agitation qui diminue avec l’âge
Ce qui justifie un avis
- ✗ Difficultés dans tous les milieux à la fois
- ✗ Retentissement sur les apprentissages ou les amitiés
- ✗ Régression : perte d’acquis déjà là
- ✗ L’enfant lui-même en souffre
Et à six, sept ou huit ans ?
Là, le raisonnement change, et pour une raison simple : l’école. Vers six ans, l’enfant est confronté à des exigences qui rendent visibles des difficultés jusque-là absorbées par la maison. Rester assis, attendre son tour, différer une envie, supporter l’échec devant les autres. Ce n’est pas un hasard si tant de troubles se « déclarent » à cet âge : ils ne se déclarent pas, ils se révèlent.
Le TDAH concernerait environ 5 % des enfants et des adolescents dans le monde. La Haute Autorité de santé pose deux conditions pour en parler : des symptômes qui durent, et un retentissement délétère sur le plan scolaire, social et familial. Ces deux conditions comptent autant l’une que l’autre. Un enfant distrait mais qui apprend, a des amis et va bien ne relève pas d’un diagnostic.
La HAS souligne aussi que l’accès au soin reste compliqué et les délais de diagnostic trop longs, au point qu’elle a fait de la formation des professionnels une priorité. Concrètement, cela signifie qu’il ne faut pas attendre d’avoir la certitude d’un trouble pour en parler au médecin : c’est justement son travail de trancher, et l’attente coûte des années de scolarité.
Un enfant qui pourrait obéir et refuse de le faire, et un enfant qui voudrait obéir et n’y arrive pas, produisent exactement le même désordre. Ils n’appellent pas la même réponse.
Comment distinguer un trouble d’un caractère difficile ?
Trois critères font le tri, et aucun ne concerne l’intensité des crises. Le premier est la durée : on parle de mois, pas de semaines difficiles après une naissance ou un déménagement. Le deuxième est le nombre de milieux concernés : un enfant en difficulté à l’école, à la maison, au sport et chez les grands-parents ne fait pas un caprice de contexte. Le troisième est le retentissement, et c’est le plus décisif : est-ce que ça abîme ses apprentissages, ses amitiés, l’image qu’il a de lui ?
Ce dernier point est celui que les adultes oublient le plus souvent, parce qu’ils regardent la gêne que l’enfant provoque plutôt que celle qu’il éprouve. Or un enfant qui perturbe toute une classe et va très bien pose un problème d’ordre. Un enfant discret qui rentre en pensant qu’il est « nul et méchant » pose un problème de santé.
Qu’est-ce qui se cache souvent derrière ?
Un comportement n’est presque jamais une cause : c’est le bout visible de quelque chose. Avant de conclure à un trouble du comportement, il vaut la peine de vérifier ce qui pourrait le produire.
Les troubles des apprentissages arrivent en tête : un enfant dyslexique ou dyspraxique qui ne comprend pas pourquoi il échoue là où les autres réussissent finit fréquemment par faire le clown ou par se braquer. C’est plus supportable de passer pour insolent que pour incapable. Viennent ensuite les problèmes sensoriels, banals et sous-estimés - une audition ou une vue déficiente transforme une classe en brouhaha incompréhensible. Puis l’anxiété, qui chez l’enfant se manifeste rarement par des mots et très souvent par de l’agitation ou de la colère. Et enfin le sommeil, dont le déficit produit chez l’enfant l’inverse de ce qu’il produit chez l’adulte : pas de la somnolence, de l’hyperactivité.
Un événement familial suffit aussi, et il n’a pas besoin d’être dramatique. Une séparation, un déménagement, une naissance, un deuil : le comportement est parfois la seule langue disponible pour dire que quelque chose ne va pas.
Qui consulter, et quand ?
Le premier interlocuteur est le médecin qui suit l’enfant, généraliste ou pédiatre. Il connaît son histoire, peut éliminer une cause sensorielle ou médicale, et oriente si besoin vers un psychologue, un pédopsychiatre, un orthophoniste ou un centre spécialisé. Depuis les dernières recommandations, un diagnostic de TDAH peut d’ailleurs être posé par tout médecin formé à ce trouble, ce qui raccourcit le parcours.
Quand consulter ? Dès que la question devient envahissante, sans attendre un seuil. Il n’existe pas de gravité minimale à atteindre pour avoir le droit d’en parler, et un rendez-vous qui conclut que tout est normal n’est pas un rendez-vous inutile : c’est une inquiétude en moins, et souvent des mois de tension familiale évités.
À retenir
Les troubles du comportement de l’enfant tiennent dans le bloc F90-F98 de la CIM-10 : troubles hyperkinétiques (TDAH), troubles des conduites, troubles mixtes, troubles émotionnels, troubles du fonctionnement social, tics. À deux ans et demi, les colères relèvent d’une phase d’opposition normale qui court de 18 mois à 3-4 ans. Trois critères font le tri : la durée, le nombre de milieux concernés, et le retentissement sur l’enfant lui-même. Un comportement est souvent le symptôme d’autre chose : apprentissages, audition, vue, anxiété, sommeil.
