Un homme et une femme attablés face à face dans un café, en pleine conversation

Comportement d’un homme amoureux : ce que la psychologie dit vraiment

Il évite votre regard, ou il le soutient trop. Il écrit vite, ou il met trois heures. Chaque comportement a son interprétation toute prête, et son interprétation inverse. Voici ce que la recherche en psychologie établit réellement sur le sujet, et pourquoi les listes de signes n’en font pas partie.

Existe-t-il des signes fiables qu’un homme est amoureux ?

Non, et il faut le dire d’emblée, parce que tout le reste en découle. Aucune étude sérieuse n’a établi de catalogue de comportements permettant de conclure aux sentiments de quelqu’un. Ce n’est pas une lacune de la recherche, c’est une impossibilité de principe : un comportement n’a pas de sens en soi, il n’a de sens que rapporté à la personne qui le produit.

Prenons le plus cité de tous, le contact visuel prolongé. Il est présenté partout comme un marqueur d’attirance. Il l’est parfois. Il est aussi le comportement d’une personne à l’aise en société, d’un commercial entraîné, ou de quelqu’un qui vous trouve simplement intéressant. Le même geste, produit par un timide, signifie autre chose que produit par un extraverti. Sans référence individuelle, le signe ne dit rien.

Le problème s’aggrave d’un biais bien documenté. Quand on cherche des signes, on en trouve : on retient ce qui confirme l’hypothèse et on oublie le reste. Une liste de quinze signes appliquée à n’importe quel collègue produira toujours quelques correspondances. Ce n’est pas de la lecture, c’est de l’astrologie appliquée aux SMS.

Que dit alors la recherche sur les liens amoureux ?

Elle dit quelque chose de plus intéressant : ce n’est pas le comportement qu’il faut regarder, c’est la manière dont chacun gère la proximité et la distance. C’est l’apport de la théorie de l’attachement, étendue aux relations adultes en 1987 par Cindy Hazan et Phillip Shaver, qui ont proposé de considérer l’amour romantique comme un processus d’attachement, comparable dans sa logique au lien qui unit un enfant à celui qui l’élève.

Leurs travaux décrivent trois configurations. Les personnes dites sécures sont à l’aise avec l’intimité et n’ont pas besoin d’être rassurées en permanence. Les évitantes sont mal à l’aise dans la proximité, ont du mal à faire confiance et à dépendre. Les anxieuses, enfin, vivent une tension : elles désirent la proximité et doutent en même temps d’être aimées suffisamment. Dans leurs données, environ 60 % des adultes se classaient comme sécures, 20 % comme évitants et 20 % comme anxieux - une répartition proche de celle observée chez le jeune enfant.

L’intérêt est immédiat, et il change la question. Un homme qui prend de la distance après une soirée où tout s’est bien passé ne fournit aucune information sur ses sentiments. Il fournit une information sur son rapport à l’intimité. Le même recul peut signifier « ça ne m’intéresse pas » chez l’un et « ça m’intéresse trop » chez l’autre. Chercher le sentiment derrière le geste est une impasse ; repérer le fonctionnement est utile.

Source - Hazan C., Shaver P., « Romantic Love Conceptualized as an Attachment Process », Journal of Personality and Social Psychology, 1987. Les auteurs transposent aux relations adultes les trois catégories issues des travaux de Mary Ainsworth sur le jeune enfant.

Peut-on prédire l’avenir d’un couple ?

C’est ici qu’il faut parler d’un chiffre que tout le monde a entendu. Le psychologue américain John Gottman est célèbre pour avoir annoncé qu’il prédisait le divorce avec plus de 90 % de précision après avoir observé un couple quelques minutes. Le chiffre est repris partout depuis vingt ans.

Il ne veut pas dire ce qu’on lui fait dire. En 2001, Richard Heyman et Amy Smith Slep ont montré d’où venait le problème : ces équations étaient construites sur des couples dont on connaissait déjà l’issue, puis évaluées sur ces mêmes couples. Le modèle ne prédisait pas, il reconstituait. C’est ce que les statisticiens appellent le surapprentissage.

Testée sur des couples nouveaux, la performance s’effondre. Une équation affichant 90 % de précision initiale tombe à 69 %, sa sensibilité de 92 % à 46 %. Et en tenant compte de la fréquence réelle des divorces dans les premières années, sa valeur prédictive positive descend à 21 %. Traduction : quand ce modèle annonce un divorce, il se trompe environ quatre fois sur cinq.

Un modèle qui explique parfaitement le passé et se trompe quatre fois sur cinq sur l’avenir n’est pas un modèle de prédiction. C’est une description.

Cela ne disqualifie pas tout le travail de Gottman, dont les observations cliniques sur le mépris ou le retrait restent utiles. Cela disqualifie l’usage qu’on en fait : il n’existe pas de calcul, ni de grille, ni de test capable de vous dire où va votre histoire.

Ce qui est établi

  • Les adultes ont des styles d’attachement différents
  • Un même geste change de sens selon la personne
  • Chercher des signes produit des faux positifs
  • La cohérence dans la durée informe plus qu’un geste

Ce qui ne l’est pas

  • Les listes de « signes qu’il est amoureux »
  • La lecture du langage corporel comme un code
  • La prédiction du divorce à 90 %
  • Les « phases » que traverserait tout homme

Que regarder à la place ?

Trois choses, qui ne sont pas des signes mais des régularités. La première est la cohérence entre ce qui est dit et ce qui est fait, observée sur la durée. Un geste isolé ne vaut rien ; un écart durable entre les paroles et les actes vaut beaucoup, et il ne demande aucune expertise pour être vu.

La deuxième est la réaction à la contrariété. Les personnes ne se révèlent pas dans les bons moments, où tout le monde se ressemble, mais dans les frictions ordinaires : un désaccord, une déception, une attente. Ce que quelqu’un fait quand il n’obtient pas ce qu’il veut est une information autrement plus dense qu’un contact visuel.

La troisième est votre propre état. C’est celle qu’on oublie, alors qu’elle est la seule à laquelle vous avez un accès direct. Une relation qui exige un décodage permanent, où l’on passe ses soirées à interpréter des délais de réponse, produit déjà une réponse - pas sur ses sentiments à lui, sur ce que la situation vous coûte à vous.

Pourquoi cherche-t-on des signes malgré tout ?

Parce que c’est plus supportable que de demander. Chercher des signes maintient dans un espoir sans risque : tant qu’on interprète, on ne peut pas être refusé. La liste de signes n’est pas un outil de connaissance, c’est un dispositif d’évitement, et c’est précisément ce qui la rend si populaire.

C’est aussi pour cela qu’aucun article, celui-ci compris, ne remplacera une conversation. La psychologie peut expliquer pourquoi les signes ne fonctionnent pas et comment les gens gèrent l’intimité. Elle ne peut pas vous dire ce qu’une personne précise ressent. Une seule personne le sait, et il se trouve qu’elle est joignable.

À retenir

Il n’existe aucune liste validée de « signes » d’un homme amoureux : un comportement ne prend son sens que rapporté à la personne qui le produit, et chercher des signes garantit d’en trouver. Ce que la recherche établit, ce sont des styles d’attachement (Hazan et Shaver, 1987) : environ 60 % de sécures, 20 % d’évitants, 20 % d’anxieux. Quant à la fameuse prédiction du divorce à 90 %, elle tombe à 21 % de valeur prédictive une fois testée sur des couples nouveaux. Ce qui informe vraiment : la cohérence dans la durée, la réaction à la contrariété, et ce que la situation vous coûte.